Samedi 16 mars :

Il y a dans l’art d’écrire une part démontrable, un métier d’une extrême importance. Sans doute voyez-vous le parti qu’on peut tirer d’une séquence de prose ordinaire, en poussant l’exécution, en la re-travaillant dix fois sur le métier : vous vous prêtez à cette expérience et j’en suis heureux. C’est une satisfaction d’observer vos progrès spectaculaires, en trois séances à peine, dans un domaine qui est sans doute le plus exigeant, celui de Flaubert : la recherche de l’écriture objective.

Dans la perspective — et le plaisir — de notre prochaine session, chez Mado, samedi prochain, permettez-moi de vous rappeler quelques consignes.

• Nous attendons une version travaillée à nouveau — imprimée en douze exemplaires — de votre description, avec les corrections indiquées :

Vous avez réussi à surmonter le pronom personnel, il faut encore repérer et éliminer les implications subjectives.

Il est tentant et toujours plus facile d’insérer « de l’humain », du mouvement (Marinade) : resserrez sur une image fixe.

Vous connaissez les enjeux : le vrai sujet du verbe ; la phonation (pas de hiatus) ; l’acribie.

Vous connaissez les embûches : l’anacoluthe et le solécisme sont taxés d’un Chinon.

Sont prohibés les verbes être paraître sembler devenir… Veillez aux adjectifs (Michèle) : le mot « coquelicot » n’est-il pas magnifique ? N’est-il pas déjà « rouge » ? (Voyez par exemple George Sand, dans La dernière Aldini : « Il y avait sur sa figure d’un jaune brun, dans sa prunelle noire et ardente, dans sa bouche froide et dédaigneuse, dans son attitude impassible et jusque dans le mouvement absolu de sa main longue et maigre, une expression de fierté arrogante et de rigueur inflexible… » Cette accumulation d’adjectifs incolores est fastidieuse !)

Apportez l’image (ou prenez la photo, comme Agnès) à partir de laquelle vous travaillez.

Tentez la description de la Loire de Valloton (repérée immédiatement par Marie-Cécile !) — jusqu'à faire apparaître la barque…

• « Nos connaissances sont les germes de nos productions », observa justement Buffon dans son immortel Discours sur le style : il faut lire pour écrire ; ce sont les mêmes opérations. « Le talent se transfuse par infusion », ajoutait Flaubert, qui avait tout lu. Rousseau, avant d’écrire, avait lu et relu Montaigne et Plutarque ; l’immense lecture de Montaigne est proverbiale ; Chateaubriand avoue qu’il relisait sans cesse Bernardin de Saint-Pierre. Vous engageant à lire, je vous invite à repérer — et à nous offrir — une description objective (sans pronom personnel).

• Proposition facultative et pleinement subjective (offerte à Patrice) : trouvons des paroles à une chanson !

Samedi 23 janvier 2013 :

À l’atelier d'écriture on se pointe avec de quoi écrire : le crayon à l’oreille, ou son clavier portable sous la main ; mieux encore : on vient avec son paysage familier, authentique, vérifiable, réalisé en une page d’écriture, déjà imprimée à quatorze exemplaires — signe que vous n’avez pas été admis par hasard dans cette coterie exigeante des bords de Creuse, signe de travail-à-la-maison sans quoi il n’est point d’atelier qui vaille, signe que vous êtes disposé à cette épreuve du partage que sera notre lecture collective, signe enfin de l’engagement requis, indispensable, à remettre cent fois sur le métier. Chacun est attendu avec son paysage. On le transporte par écrit. On va le lire jusqu'à ce qu’on le voie. Le paysage, c’est cela que l’on peut appeler : de quoi écrire. Alain Borer

Deux outils admirables, indispensables et suffisants : le Dictionnaire analogique, de Charles Maquet, (« Le Maquet », devant lequel se fait photographier Alphonse Allais), et le Dictionnaire des difficultés de la langue française, d’Adolphe-V. Thomas, « le Thomas » (deux Larousse).

Atelier d’écriture avec Alain BORER, proposition pour 2013:

Écrire à Yzeures-sur-Creuse, II

Il faudrait réapprendre à écrire en traçant des bâtons, comme Artaud à Rodez. Au Champ des livres, nous commençons petit à petit. Nous chercherons cette année à décrire un paysage — c'est-à-dire à apprendre à écrire jusqu'à ce qu’on finisse par le voir. On voit un paysage quand on ne voit plus l’écriture : écrire, c’est nettoyer une vitre jusqu'à voir à travers. Le style, au contraire, montre les traces de l’éponge. Ensuite, nous décrirons un personnage ; puis, si tout va bien, nous le mettrons en mouvement dans le paysage. C’est la méthode à l’ancienne, comme le lapin chasseur. Le ba-Ba comme Balzac. Un jour, nous pourrons même faire passer les personnages dans les paysages des autres, et inversement. Tout apprentissage décourage l’expression des sentiments. Mais libère la rage de l’expression.

Alain Borer

Dates des ateliers 2013 :

Samedi 26 janvier, samedi 23 février, samedi 16 mars, samedi 27 avril, samedi 25 mai, samedi 22 juin, de 15h à 18h, à la bibliothèque d’Yzeures-sur-Creuse.

Présence souhaitée à tous les ateliers. Travail d’écriture entre les séances. Places limitées.

Adhésion à l’association 10 euros. Participation aux frais 60 euros. Renseignements et inscriptions lechampdeslivres@gmail.com.


Ecriture poétique aux Balcons

JUILLET 2012, trois jours au Petit Théâtre des Balcons:

Un atelier d'écriture « poétique » implique d’abord de ramener sa fraise. Celle du jardin secret, tragique ou futile et fût-il en jachère ou sous une grosse feuille de laitue dissimulé. On apporte ses œuvres et ses livres de « poésie » préférés, pour la bonne bouche : et dès lors on célèbre l’acte de présence de ta fraise, sa maturité singulière et ses caractères cachés, qui sont tels d’être exhibés, comme ses organes le sont à l’exemple du symptôme : il est au programme que tout cela soit très clair, lumineux même, comme ce qu’il en retourne de la « poésie » et des moyens d’y parvenir, théorie & pratique dans le même panier, pour peu que l’on trouve Ferrière-Larçon sur la carte, à la façon de Bougainville cherchant Cythère. Alain Borer

Et nous voilà tous partis à la recherche de noèmes, quintessence de la poésie…

Les roses trémières se penchent au bord de parler, porteuses d’une annonciation. Christian Bobin

Ramasser des mots comme des cailloux, au creux de sa main ; Les porter à l’oreille ; les écraser, libérer leur respiration, afin qu’ils livrent leur secret.

Entre les mots, les visages, surgit soudain l’essence que l’on nomme poésie. Edgar Morin

On peut se demander pourquoi les cours condamnent un assassin si beau qu'il fait pâlir le jour. Jean genet


Poèsie culinaire d'abord!
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